Ma revue de Lean Startup

Publié par Louis-Philippe Carignan le samedi 7 janvier 2012 à 00:00

J'ai eu la chance d'assister à la conférence Lean Startup d'Eric Ries lors du Devtech 50 qui avait lieu à l'hôtel Hilton à Québec jeudi le 10 novembre 2011. J'avais déjà entendu parler du Lean Startup au début de l'été. Les idées me semblaient très intéressantes et j'avais lu sur plusieurs forums que notre industrie avait peut-être trouvé sa prochaine vague dans ce mouvement.

À 110$ le billet, nous avions droit à la conférence, un excellent repas (dont une délicieuse tarte au citron) ainsi qu'une copie gratuite du livre « Lean Startup » du conférencier. Ce billet se veut donc un résumé de points intéressants qui m'ont accroché pendant la conférence ainsi que mon appréciation générale de son livre.

La conférence

Nouvelle définition du mot « startup »

Ries a débuté sa conférence avec sa définition du mot « startup ». On retrouve cette définition à la page 27 de son livre.

"A startup is a human institution designed to create a new product or service under conditions of extreme uncertainty."

Bien que j'avais une idée similaire de cette définition, j'ai aimé les mots « human institution » qui, à mon avis, aurait été « organisation » dans ma définition. J'ai trouvé que cette définition élargissait les horizons du mot startup.

Les 5 principes du Lean Startup

J'ai beaucoup apprécié les 5 principes que Ries a énoncé dans sa présentation :

  • Entrepreneurs are everywhere
  • Entrepreneurship is management
  • Validated learning
  • Build-Measure-Learn
  • Innovation accounting

Il les reprend sommairement aux pages 8 et 9 de son livre. J'adore le principe « Entrepreneurship is management ». Comme l'a si bien dit Ries, on croit que ces deux termes sont à l'opposé. Pourtant, nous avons besoin de management en entrepreneurship. Le management entame son deuxième siècle d'existence. Il est peut-être arrivé à un point où il doit se transformer pour suivre une mondialisation des marchés imprévisibles. À quoi faire des planifications de trois ans si les instabilités financières et monétaires que l'on vit viennent toujours perturber nos plans. De ce que j'ai compris de Ries, il faut s'offrir un management plus proactif à ces changements.

Toujours le droit à l'erreur

J'ai beaucoup aimé l'approche de Ries par rapport à l'erreur. Selon ma compréhension, Ries ne parle plus d'erreur mais plutôt de « validated learning ». De l'expression « on apprend de nos erreurs », Ries en fait l'un des 5 principes de base de sa philosophie. Au lieu de parler des fonctionnalités et des bogues dans le produit en développement, Ries nous suggère de se concentrer sur ce que nous avons appris dans la réalisation de notre produit.

J'ai beaucoup aimé son heuristique qui nous invite à trouver la façon la plus rapide de livrer au client notre produit. Sa phrase « If you can minimize the loop to delivery, do it » m'a fait sourire parce que, à mon avis, ce concept est difficile à mettre en place en Agilité alors imaginez avec le Lean Startup.

Mise en pratique

Suite à sa conférence, Ries était disponible pour autographier son livre. J'en ai profité pour lui demander comment il s'y prenait pour démarrer une transformation Lean Startup dans une entreprise. Bien qu'il parte du bas et du haut en même temps, j'ai pu comprendre qu'il travaillait plus avec l'équipe de leadership de l'entreprise pour mettre de l'avant le Lean Startup. Je me suis permis une deuxième question où je voulais connaître la plus grande résistance lorsqu'il présente ses idées dans une organisation. Il m'a répondu que les gens qui étaient payés à suivre un plan étaient les plus résistants à ses idées. Cela m'a fait sourire. Il m'a suggéré de dire aux patrons de ces personnes que tout allait bien se passer malgré tout.

Le Livre

Des chapitres intéressants

À mon avis, les chapitres 1 à 9 se lisent facilement et rapidement. Je ne voyais pas le temps passé en les lisant. Au début de la deuxième section, il présente la boucle « Build - Measure - Learn » qui est à la base du développement du produit en question. On émet une hypothèse. On la concrétise (Build). On la teste (Measure). On apprend de cette expérience (Learn) et on recommence. J'ai apprécié comment il suggère d'émettre cette hypothèse au début de cette boucle. En utilisant les termes « value hypothesis » et « growth hypothesis », il nous force à se concentrer sur une hypothèse qui va apporter de la valeur au produit. Tout en présentant ses idées, Ries contribue au texte avec son expérience dans plusieurs startups.

Étant dans une ville gouvernementale, j'ai particulièrement aimé son exemple de la création d'un nouveau bureau fédéral aux États-Unis en utilisant Lean Startup. Suite à la crise financière de 2008, le président Obama a signé une loi qui a créé le « Consumer Federal Protection Bureau » pour protéger les citoyens contre les entreprises frauduleuses. Au chapitre 4, il explique comment ce bureau a utilisé la boucle « Build - Measure - Learn » pour rapidement répondre aux besoins de sa nouvelle clientèle.

Son idée du pivot au chapitre 8 est soutenue par plusieurs exemples dont Votizen. En plusieurs, il explique comment cette startup a cheminé par la boucle « Build - Measure - Learn » et qu'elle a du faire plusieurs pivots (changements de directions) pour répondre aux besoins de sa clientèle.

J'ai beaucoup aimé son concept de moteur de croissance (engine of growth) au chapitre 10. Il suggère trois techniques (sticky engine, viral engine et paid engine) pour développer la clientèle du produit à développer. Bien que légèrement expliqué, ces techniques ne sont jamais abordées dans l'Agilité. On répète souvent que le propriétaire de produit est le porteur de la vision du produit. Il doit faire les meilleurs choix pour maximiser le retour sur l'investissement mais on s'arrête là. Lean Startup nous apporte plusieurs outils pour développer la relation avec la clientèle du propriétaire de produit.

Des chapitres décevants

Par contre, je fus déçu par la troisième partie du livre intitulée « Accelerate ». L'auteur avait donné un bon tempo à son livre jusqu'à présent. Ses concepts étaient révélateurs dans les premiers chapitres et j'avais hâte de lire la suite. Le chapitre 10 est une bonne lecture mais manque d'approfondissement. Je fus déçu d'aborder le chapitre 11, consacré à l'utilisation des « 5 pourquoi », pour régler la source de tous les problèmes dans une entreprise. J'ai trouvé que Ries faisait abstraction de tous les jeux politiques et humains qui pouvaient empêcher la réalisation des « 5 pourquoi ». Le chapitre 12 m'a aussi déçu. Il y parle de l'incubation d'une startup à l'intérieur d'une grande organisation. Sa réflexion est l'application du gros bon sens. Je suis peut-être trop sévère parce que je m'attendais à des concepts révélateurs comme aux chapitres précédents.

Conclusion

Ne sachant pas si le Lean Startup sera la prochaine vague dans notre industrie, je pense que les idées avancées par Ries sont très novatrices, surtout pour une industrie tel que les technologies de l'information. Je trouve qu'il apporte beaucoup d'idées pour collaborer et cerner le besoin du client, une lacune à mon avis dans l'Agilité. Ses techniques pour tester de nouvelles fonctionnalités m'ont inspiré. Ce qui me fait peur est le fait qu'il soit tout seul à faire la promotion de Lean Startup, ce qui peut être difficile à la longue. Doit-on seulement acheter son livre pour débuter avec le Lean Startup? Existe-t-il un « body of knowledge » tel qu'on le retrouve dans la communauté Agile? Va-t-il s'associer à des organisations pour former des experts qui viendront l'appuyer? Bien des questions à répondre. Pour l'instant, je garde son livre précieusement dans mon sac à outil pour m'aider lorsque je collabore avec mon client. Bonne lecture!

Pour en savoir plus

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