Wirearchie

Publié par David Beaumier le vendredi 6 janvier 2012 à 08:13

Dernièrement j'ai eu la chance d'entendre l'entrevue qu'a donné Jean-François Rougès, doctorant en management à l'Université Laval, à l'émission L'après-midi porte conseil sur la Première Chaîne de la SRC. Pour cette chronique Jean-François avait choisi d'aborder le thème de la Wirearchy en expliquant pourquoi la notion de hiérarchie telle qu'on la connaît aujourd'hui dans les organisations et vouée à changer. C'est lorsqu'il a abordé la notion des équipes auto-organisées qu'il a vraiment suscité mon intérêt.

Commençons tout d'abord par le mot Wirearchy: c'est un terme provenant de John Husband, un consultant en gestion , et qui est la contraction de wired et hierarchy. Comme sociologue, M. Husband a fait un lien entre la dynamique des réseaux sociaux et la hiérarchie dans les organisations. Jean-François Rougès applique cette idée au monde du travail, plus particulièrement à la gestion des équipes.

Il n'y a pas si longtemps, le téléphone et le fax étaient quasiment les seules options dont disposaient les équipes qui n'étaient pas regroupées physiquement. Dans un tel contexte, le gestionnaire exerce un rôle central de coordination des individus puisqu'il est l'un des seuls à avoir une vue d'ensemble de ce qui se passe dans l'équipe. La hiérarchie permet, dans une telle situation, de coordonner les interventions de plusieurs individus s'inscrivant dans une dynamique collective.

L'émergence de technologies de communication en temps réel permet maintenant aux membres d'une équipe d'avoir rapidement accès à l'information nécessaire pour qu'elle puisse se coordonner par elle-même. Le rôle de coordonnateur central du gestionnaire prend ainsi moins d'importance. Les gens ont eux-mêmes accès à l'information, bien souvent avant celui-ci. L'équipe se retrouve dans une situation où elle devient la mieux placée pour coordonner son travail afin de répondre au désir d'efficacité de l'organisation qui recherche des réponses rapides aux problèmes qu'elle rencontre.

Selon Jon Husband, dans un monde interconnecté un nouveau principe d'organisation émerge:

Wirearchy is a dynamic two-way flow of power and authority based on:

  • Knowledge,
  • Trust,
  • Credibility,
  • A focus on results

L'autorité dans le groupe a tendance à s'installer, non plus par le positionnement de l'individu dans la hiérarchie, mais plutôt par l'apport de celui-ci dans le groupe. C'est par son expertise, sa crédibilité et l'impact qu'il exerce réellement sur ses coéquipiers qu'un individu est reconnu comme un leader dans le groupe. Ce leadership est souvent partagé entre plusieurs personnes dans différents champs d'intervention.

On voit souvent ce phénomène s'installer dans les équipes Agile, là où les gens laissent de côté leur définition officielle de tâches pour se concentrer sur un engagement commun de réaliser un ensemble d'activités à valeur ajoutées. Un ou deux individus vont émerger comme des leaders dans le groupe et vont obtenir un appui tacite de leurs pairs.

Dans ce contexte, le rôle du gestionnaire change beaucoup. Il peut même être amené à se questionner sur son utilité au sein de son équipe. Jean-François Rougès propose 4 grandes fonctions qu'un gestionnaire peut exercer pour venir en appui à une équipe auto-organisée:

  • Guide: aligner l'équipe vers des objectifs communs;
  • Capitaine: prendre les décisions tout en faisant partie de l'équipe dans l'action (et non juste décider - il doit lui aussi réaliser). Arbitrer lorsque nécessaire et trancher les débats;
  • Jardinier: activer le développement individuel et collectif de l'équipe afin de la rendre plus performante;
  • Entrepreneur: déterminer, avec l'équipe, comment je peux générer de la valeur ajoutée, innover et inventer pour être plus efficace.

On voit que cette approche favorise un gestionnaire mettant plus d'emphase sur des aspects stratégiques et qui se place en mode d'accompagnement à l'équipe pour les éléments de nature plus tactique. Dans le monde d'aujourd'hui, un gestionnaire ne peut plus prétendre tout savoir. Il a besoin d'une équipe pour l'épauler et vice-versa.

Cette approche du rôle du gestionnaire se rapproche beaucoup de qui est proposé dans le modèle du Servant Leadership : "...servant leadership […] emphasizes collaboration, trust, empathy, and the ethical use of power". Dans ce modèle le gestionnaire exerce un pouvoir d'influence sur l'équipe et l'appuie activement dans l'atteinte des objectifs fixés.

Il est intéressant de voir le concept des équipes auto-organisées faire son chemin à l'extérieur du mouvement Agile. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un important changement culturel, mais les bénéfices que peut en retirer l'équipe et l'organisation sont à mon avis une importante source de motivation.

Pour écouter l'entrevue complète :
http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/CBF/LapresmidiPorteConseil201111291408_2.asx

Le billet de Jean-François Rougès sur le Wirearchie: http://curiosites-strat.blogspot.com/2011/12/limaginaction-au-travail.html

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