Le développement de produits Lean chez Toyota

Publié par David Beaumier le vendredi 8 juin 2012 à 17:07

Comme je n'ai pu assister à la conférence Lean Software and System Conference du mois dernier, je me donne comme objectif de regarder certaines des présentations suggérées par mon collègue Louis-Philippe Carignan. Celle de Michael Kennedy intitulée Set-Based Decision Making est particulièrement intéressante. Non seulement c'est une personne qui possède une longue expérience au niveau de Lean, mais il vulgarise très bien le sujet et parvient à faire le parallèle avec le développement logiciel même si à la base les concepts sont liés au monde du "hardware".

Parmi les éléments abordés par Kennedy on retrouve l'histoire de Samuel Langley. Il compare son approche à celle des frères Wright. À la fin du 19ième siècle Langlay a obtenu d'importantes sommes d'argent du gouvernement américain pour mettre en place un programme de développement d'un avion. Il fallut 5 ans à Langley pour arriver avec un appareil prêt à tester et il a eu besoin de fonds additionnels en cours de route. Comble de malheur, ce prototype s'est écrasé lors de l'essai initial.

De leur côté les Wright ont pris une approche différente, principalement en divisant le problème (bâtir un avion) en plusieurs éléments clés et en s'attaquant à chacun d'eux un à la fois. Pour chacun, ils ont mis en place des bancs d'essais dès le départ (parallèle avec ATDD) et ont défini des critères précis de succès avant de conclure qu'ils tenaient LA solution. En fait, quand on y pense avec un peu de recul, ils se sont simplement donné les moyens de réussir. Tout ça avec un investissement minimal de temps et d'argent.

On connaît la suite, du moins celle des Wright: leur premier prototype, le Flyer, a pris son envol le 17 décembre 1903. Pourtant Langley avait l'avantage, lui qui avait réussi des vols précurseurs dès 1896 (sans pilote toutefois).

Kennedy fait un parallèle intéressant entre l'aventure des frères Wright et le manifeste Agile. Évidemment, on ne retrouvait pas de logiciel à cette époque, mais, si on fait fi de cela, les valeurs sont très similaires. Le succès des Wright est attribuable, selon Kennedy, à leur approche qui faisait en sorte de mettre en pratique leur savoir et à apporter les ajustements nécessaires rapidement en fonction de leurs apprentissages. En terme d'agilité, on pourrait dire qu'ils ont su garder une boucle de rétroaction courte entre le moment de la conception et la livraison d'une fonctionnalité (contrairement à livrer un prototype en entier).

Kennedy propose une adaptation au manifeste Agile pour illustrer le cas des Wright

Kennedy vient du monde du développement matériel, mais il n'en demeure pas moins que la majorité des éléments qu'il met de l'avant s'appliquent tout autant en développement logiciel. Malheureusement encore trop de gens dans notre secteur sont à la recherche de la recette magique. Ne devrions-nous pas focaliser un peu plus sur l'apprentissage et le savoir-faire plutôt que sur le processus? En tout cas, c'est une des choses que propose Micheal Kennedy et que je trouve porteuse en développement logiciel.

Parmi ses autres propositions qui ont retenu mon attention, on en retrouve une qui provient des pratiques de Toyota: ne pas bâtir un calendrier tant que l'on n'a pas une cible de succès. Avant cela l'équipe chez Toyota investit principalement ses efforts en apprentissage. L'équipe se donne la chance d'apprendre et identifie ses lacunes et les incertitudes auxquelles elle fait face au lieu de foncer tête première dans le développement et corriger par la suite. Cela ne ressemble-t-il pas encore une fois au TDD ou ATDD?

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