La valeur des actifs logiciels

Publié par David Beaumier le mercredi 26 novembre 2014 à 09:39

J’ai beaucoup apprécié l’allocution d’ouverture du dernier Agile Tour de Québec par Michael Feathers. J’ai trouvé qu’il abordait des aspects souvent négligés en développement logiciel. Une des choses qui m’a particulièrement accrochée c’est lorsqu’il a mentionné que les organisations devraient devenir plus consciente de la valeur et de l'état de leurs actifs logiciels.

Aujourd’hui combien d’organisation seraient en mesure de fonctionner normalement sans utiliser une solution logicielle? J’en connais bien peu. La plupart des organisations ont des besoins assez élaborés : outils de collaboration, suivi des opérations, relation clientèle, gestion financière, partage de fichiers, systèmes de téléphonie, etc. Qu’elles aient acquis et piloté un progiciel ou investi dans le développement d’une application sur mesure, des ressources importantes ont été engagées dans ces  solutions logicielles.

Malheureusement, la nature même d’un logiciel (ne dit-on pas justement software en anglais) vient fausser la perception que peuvent en avoir les différentes fonctions de l’organisation. En comptabilité on inclut les logiciels dans la catégorie des « actifs incorporels », aussi appelée « capital immatériel ». Bien qu’il existe des façons de déterminer la valeur financière courante de ces actifs, ça se corse lorsqu’il vient le temps de planifier les investissements futurs requis pour maintenir ceux-ci dans un état permettant d’apporter de la valeur à l’organisation.

Avouez que c’est plus simple de déterminer que l’entrepôt vaut 250 000$ et de prévoir un montant annuel pour couvrir les taxes foncières, les assurances, etc. Un gestionnaire attentif remarquera probablement aussi que la toiture commence à être endommagée et qu’il faudra envisager son remplacement d’ici 2-3 ans.

L'hypothèque logcielle

Est-ce que le même gestionnaire sera en mesure de se rendre compte que le moteur de base de données de son système d’expédition s’apprête à être dépassé en fonction du volume projeté des ventes des prochains mois? Est-ce que les parties prenantes ont pris la peine d’inclure la capacité du système dans leurs analyses?  Pas certain. En contrepartie, est-ce que l’équipe de développement a communiqué le vieillissement de la technologie? A-t-elle mis en place ce qu’il faut pour mesurer les performances du système en production?

HypothequeLogicielleLe jour ou le système deviendra si lent qu’il ne sera quasiment plus utilisable (sans doute pendant la période la plus active de l’année) est-ce que l’organisation aura le luxe de procéder à une mise à jour tout en douceur? L’équipe de développement pourrait devoir prendre certains raccourcis pour livrer rapidement une solution corrigée. C’est une approche tout à fait acceptable si elle permet à l’organiser de retrouver sa vitesse de croissance. Par contre, toutes les parties impliquées doivent être conscientes de l’hypothèque logicielle qui grève maintenant le système.

Prenons l’exemple du camion de livraison d’un marchand de meubles pour illustrer cette situation. Si ce marchand néglige l'entretien de son camion en évitant de procéder à un changement d’huile pour pouvoir effectuer plus de livraisons, il risque d’en payer le prix s’il ne planifie pas un autre moment pour faire cet entretien. Une panne lors d'une grosse journée de livraisons risque lui coûter cher et lui causer bien plus de souci qu’une période d’entretien planifiée.

Feathers a mentionné dans son allocution que certaines organisations rendent ces hypothèques visibles et incluent dans le plan de produit les activités requises pour s’en libérer. En procédant au remboursement, l’organisation réduit la possibilité de se retrouver dans une situation où sa dette logicielle l’empêche de saisir une opportunité d’affaires.

C'est, à mon avis, un devoir qu’ont les professionnels du développement logiciel de garder l'organisation dans son ensemble informée de l'état de leurs systèmes. L’information doit pouvoir remonter de l’équipe de développement jusqu’aux parties prenantes. Il faut travailler pour éviter les situations où un gestionnaire se fait dire un bon matin « Votre logiciel est désuet. Il faut le réécrire et on en a pour x mois et ça vous coûtera x centaines de milliers de $ ».  En même temps, les organisations doivent devenir plus sensibles à l’égard de leurs actifs logiciels, poser des questions aux équipes et prévoir un plan pour limiter le gonflement de l’hypothèque logiciel. 

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