Agile comme un enfant

Publié par Marc Allard le mardi 14 avril 2015 à 08:12

Quand il était responsable de l’«expérience des usagers» chez Palm, l’entreprise pionnière de l’ordinateur de poche, Peter Skillman a inventé un exercice de design surnommé le «challenge de la guimauve». Le défi consiste à bâtir la plus haute tour possible avec 20 spaghettis, un mètre de ruban adhésif et un bout de ficelle. Les participants disposent de 18 minutes pour construire la tour, sur laquelle ils doivent être capables de faire tenir une guimauve. 

Durant cinq ans, au début des années 2000, Skillman a observé des tas de groupes, divisés en équipes de quatre, se livrer à l’exercice. Il a notamment réuni des ingénieurs en télécoms taïwanais, des étudiants en administration et des enfants de la maternelle. Sans trop de surprise, les ingénieurs se sont distingués et les étudiants en administration se sont plantés. 

Mais devinez qui a fait mieux que tout le monde? Les enfants, qui ont réussi à bâtir une tour de 1 pouce plus élevé que les ingénieurs.

Skillman a raconté cette anecdote lors d’une présentation filmée qu’il a donnée dans une conférence sur la création technologique en 2007. Dans la salle se trouvait Megan McCardle. Cette journaliste, auteure et ex-étudiante en administration a écrit un livre publié en 2014 intitulé «The Up Side of Down», dans lequel elle entame son premier chapitre en revenant sur le challenge de la guimauve.

Comment les enfants ont-ils réussi à battre les ingénieurs ? nous demande McCardle. «Par le simple processus de l’expérimentation et de l’itération, écrit-elle. Ils ne se sont pas laissé freiner par des assomptions sur les règles du jeu — ils ont été le seul groupe à demander plus de spaghetti. Et parce qu’ils avaient plus de spaghettis, ils n’ont pas eu à perdre du temps à réfléchir au look de la tour ou à qui devrait écrire l’énoncé de vision. Ils se sont juste lancés et ont commencé à créer, laissant de côté tout ce qui ne marchait pas.» 

D’une certain façon, les enfants se sont montrés très agiles. Ils ont épousé la philosophie du kaïzen, cette pratique japonaise de l'amélioration en continu qui mise sur de petits changements fréquents plutôt qu’une longue planification élaborée à partir d’une idée unique. Quand on y pense, les jeunes enfants sont des adeptes naturels du kaïzen. Avant de comprendre le langage, les bébés sont l’incarnation même de l’amélioration en continu, se développant essentiellement à coups d’essais et d’erreurs. Les tout-petits bénéficient des enseignements de leurs parents, mais leur inclinaison pour l’expérimentation reste intacte, comme en témoignent tant de traces de crayon-feutre sur des murs blancs. 

En fait, cette inclinaison ne s’effrite qu’à mesure où les enfants commencent à craindre ce qui n’effrayait pas encore trop nos champions de la tour en spaghetti : la peur de l’échec.

The Up Side Of DownComme l’explique Megan McCardle, dans la vie ou au travail, c’est souvent cette peur qui est le plus gros obstacle à l’amélioration. Or, le challenge de la guimauve le montre bien : «si tu n’as pas beaucoup de temps de devant toi, le plus important c’est que tu échoues», dit Skillman à son audience. «Tu échoues plus tôt pour pouvoir réussir plus rapidement». L’essai/erreur est le style naturel d’apprentissage du cerveau, qui forge des connexions efficaces une fois qu’il a éliminé toutes celles qui ne le sont pas, explique McCardle.

J’ai lu quelque part qu’un génie, c’est quelqu’un qui déjà a commis toutes les erreurs. Bien sûr, précise McCardle, il ne s’agit pas d’échouer pour le plaisir d’échouer ou de prendre des risques inconsidérés. L’idée est de prendre beaucoup de petits risques calculés, parce que ça reste la seule façon de voir ce qui fonctionne vraiment. 

C’est ce qui j’ai essayé récemment avec ma fille de 4 ans, qui n’arrivait pas à zipper son manteau. Durant une semaine, je lui ai laissé le temps chaque matin d’essayer de le faire toute seule. Ensemble, on a pris le risque qu’elle s’impatiente et se fâche et qu’on arrive beaucoup plus tard à la garderie — ce qui est effectivement arrivé. Mais au bout d’une semaine, à force d’essais et d’erreurs, elle a compris le fonctionnement du zipper et, depuis, c’est un dossier clos! 

La semaine prochaine, je pense qu’elle sera mûre pour la tour de spaghettis.

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