Une roche dans le soulier

Publié par Jean-Francois Gilbert le jeudi 23 avril 2015 à 00:00

Course

Vous courez depuis un bon moment déjà et vous avez atteint votre vitesse de croisière. L'endorphine et le vent chaud du printemps provoquent en vous une douce euphorie. Tout va bien, vous filez le parfait bonheur! Soudain, vous la sentez vous piquer. Une petite roche s'est glissée dans votre soulier, puis à l'intérieur de votre bas. Au début, vous la remarquez à peine. Mais après un moment, l'inconfort fait place à la douleur. Vous pourriez décider de l'endurer et de continuer à courir. Après tout, vous avez la moitié du chemin de parcouru. Mais vous savez que la roche risque de vous couper. En modifiant un peu votre foulée, vous vous rendez compte que la roche se fait plus discrète. Cependant, après quelques kilomètres de plus, votre démarche inhabituelle créé une douleur musculaire pire que celle causée par la roche ! Parfois, la seule idée de prendre une pause de 2 minutes pour détacher notre soulier, retirer le bas et enlever le caillou nous horripile. Le rythme est bon, il ne faut surtout pas s'arrêter de courir ! Pourtant, on risque une blessure qui va nous ralentir encore plus.

Je vois souvent le même comportement dans des équipes de développement logiciel. On accumule de la dette technique. Le build fonctionne une fois sur deux. Des tests intégrés sont instables et on commence à les ignorer sans essayer de comprendre la cause du problème. Comme le coureur, l'équipe risque d'en souffrir beaucoup plus à long terme. Les tests n'étant plus fiables, on ignorera des symptômes évidents et la stabilité du logiciel s'en ressentira. Parfois ce sont des problèmes humains : l'ambiance dans l'équipe n'est plus bonne ou encore on accepte sans rien dire des comportements néfastes.

Ce n'est pas toujours plaisant de faire une pause dans le développement. Parfois on subit beaucoup de pression de nos supérieurs pour soutenir la cadence. Mais il faut vraiment le faire lorsque ça devient nécessaire. Les problèmes se règlent rarement d'eux-mêmes et il ne faut pas attendre que ça fasse mal pour s'y attarder. La rétrospective du sprint est le moment tout indiqué pour mettre en lumière les problèmes à corriger. On a souvent tendance à faire cet exercice un peu vite et à la légère. Il n'y a pourtant pas de meilleur moment pour discuter des embûches, que lorsque toute l'équipe est présente. C'est l'occasion de se questionner en tant qu'équipe et de relever les points agaçants qui vous empêchent de bien travailler. 

Une fois les irritants énumérés, c'est le moment de passer à l'action afin de les éliminer. À mon avis, ces actions devraient se retrouver dans le carnet du sprint autant que possible. Il faut les rendre visibles, les prioriser et les attaquer rapidement. L'équipe devrait s'engager à régler les problèmes de la même façon qu'elle s'engage à livrer de la valeur au client. Autrement, après quelques sprints une vilaine roche risque de réduire la capacité de l'équipe à satisfaire le client.

D'autres billets qui pourraient vous intéresser

 

blog comments powered by Disqus

0 Comments:

Post a comment

Comments have been closed for this post.