Entretien avec David Starr

Publié par Marc Allard le jeudi 5 février 2015 à 13:14

DavidstarrDavid Starr est un pionnier de l’agilité familiale. Il y a une dizaine d’années, cet ingénieur en logiciel de l’état de Washington, aux États-Unis, et père de quatre enfants (dont un atteint d’un TDAH et un du syndrome d’asperger), a eu l’idée de transposer à la maison les méthodes agiles. M. Starr et sa famille font partie des figures marquantes du best-seller de Bruce Feiler, The Secrets of Happy Families. Je l’ai interviewé il y a un peu plus d’un an, mais l’entrevue reste toujours aussi pertinente. La voici.  

Q. J’ai lu que vous teniez des réunions familiales à la manière agile, comment se déroulent-elles ? 

R. Chaque jour, on se réunit autour de notre plan hebdomadaire et on regarde notre progression par rapport à ce plan. À la fin de la semaine, on fait une rétrospective : on inspecte et on adapte pour voir comment se comporte notre famille. Et après, on recommence! 

Q. Et vous faites ça vraiment chaque matin ?

R. On appelle ça notre mêlée quotidienne (daily huddle). On se réunit chaque matin cinq minutes alors qu’ils (les enfants) se préparent pour aller à l’école et on se dit : «OK, à quoi va ressembler la journée ?» Ça incite vraiment les enfants à se demander à quoi va ressembler leur journée. Bien sûr, ça va probablement changer, mais au moins ça les start avec un sentiment de contrôle sur eux et sur leur journée. Logistiquement, il faut souvent faire ça un enfant à la fois, mais c’est OK aussi. 

Q. Et à quoi ressemble la rencontre familiale hebdomadaire ? 

R. C’est plus élaboré. On réfléchit à ce qui s’est passé dans la dernière semaine — c’est là que se trouve la vraie valeur de l’exercice. On a des conversations super constructives, utiles et bénéfiques durant cette rétrospective. On évalue ce qu’on a fait pour atteindre les objectifs de la semaine et  à quel point on a réussi, mais aussi comment on s’est amélioré. Parfois, on va discuter d’enjeux personnels, mais on focalise vraiment sur la famille en tant que groupe. De là, on essaie de déterminer de nouveaux objectifs pour la semaine suivante. 

Q. Cette semaine, par exemple, sur quel objectif travaillez-vous ? 

R. Il y en a deux. Le premier est anodin — c’est d’être en mesure de répondre à son téléphone. Nous sommes six dans cette maison et ça arrive qu’on ne soit pas capable de joindre personne. On a découvert que c’est parce qu’ils (les enfants) ne rechargent pas leurs téléphones ! (…) C’est ce qui m’a amené à bricoler une petite station de recharge et à inciter les enfants à déposer leur téléphone à un même endroit. Ça, c’est de la logistique, mais ça adoucit les choses dans la maison. 

Le deuxième, c’est de diminuer les frictions et d’augmenter l’harmonie avant le souper. (…) Pour y arriver, on demande à chaque membre de la famille ce qu’il est prêt à faire pour atteindre l’objectif. Par exemple, ma fille a accepté cette semaine d’aider mon plus jeune garçon [qui a un TDAH] à se calmer quand il se fâche — ce qui lui arrive souvent. Et ça, c’est l’exemple parfait de ce qu’on tente de faire, c’est-à-dire de voir comment on peut s’entraider. 

Q. Transposer des méthodes du travail à la maison reste tabou. Pour beaucoup de gens, on ne doit pas mêler les deux….

R. J’ai réalisé à un certain moment que les choses qui fonctionnent au travail fonctionnent parce qu’elles fonctionnement, et non simplement parce que c’est dans un contexte de travail. (…) Nous sommes tous des humains. Qu’on soit ensemble pour atteindre un objectif dans une business ou qu’on soit ensemble pour atteindre un objectif en famille, les dynamiques sont très similaires. 

Q. Et d’après vous, d’où vient cette réticence à s’inspirer du travail pour s’épanouir en famille ?

R. Pour plusieurs, ça peut être apeurant d’appliquer des stratégies venues du monde du travail à la famille. Certains ont connu des entreprises avec une hiérarchie qui s’apparente à un système totalitaire. Or, le développement agile a mis ce système à l’envers en forçant les leaders de l’organisation à être au service des gens qui travaillent pour eux. C’est beaucoup plus humain et beaucoup plus approprié pour ma famille, parce que je suis au service de mes enfants pour qu’ils deviennent des adultes qui fonctionnement bien.

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