Agile comme un enfant, 2eme partie

Publié par Marc Allard le mardi 5 mai 2015 à 12:39

Enfants

La Anderson School, à New York, est une école pour les enfants surdoués. Même pour être admis à la maternelle, les jeunes candidats doivent se farcir deux tests d’intelligence et l’institution ne retient que ceux qui se classent dans le top 4 %.

Il y a quelques années, j’ai lu un reportage qui s’amorçait avec l’histoire de Thomas, un élève de cinquième année de cette école ultra-compétitive. Thomas avait éclipsé la concurrence à l’épreuve d’admission. Même dans le top 1% des candidats, il avait obtenu un des meilleurs scores. 

Le gamin savait qu’il était intelligent. Question de renforcer son estime de soi, ses parents et son entourage lui avaient répété depuis tout jeune à quel point il était «smart». Avec un tel cerveau athlétique et des éloges à répétition, on se serait imaginé que Thomas allait déborder de confiance en soi, s’attaquant sans peur à la matière scolaire qui se trouverait sur son chemin.

Mais non. Son père observait le contraire : «Thomas ne voulait pas essayer des choses où il ne réussirait pas. Certaines choses lui venaient très rapidement, mais quand ce n’était pas le cas, il abandonnait presque aussitôt, se disant "je ne suis pas bon dans ça"».

Dans mon dernier billet, je vous parlais d’un groupe d’élèves de la maternelle qui avait réussi à battre des ingénieurs chevronnés à un défi de construction d’une tour de spaghettis. J'expliquais cet étonnant résultat en pointant, à l’image du livre de la journaliste Megan McCardle, le principal responsable : la peur de l’échec (et son meilleur ami, la peur du risque). Vous avez été plusieurs à réagir et à vous demander si cette peur n’avait pas quelque chose à voir avec notre système d’éducation?

L’histoire du petit Thomas est révélatrice à cet égard. Ce n’est pas tant le système d’éducation que les éloges constants à propos de son intelligence qui l’ont rendu aussi effrayé d’échouer.

Au Québec, les enfants reçoivent, comme leurs voisins américains, de constants éloges. La plupart des parents ont le réflexe du «Bravo, mon champion» très généreux, même quand ce n’est pas mérité. C’est la même chose à la garderie, à l’école ou dans l’équipe de soccer : il n’est pas rare que tout le monde ait droit à un collant ou à une médaille, peu importe le résultat.

Or, il s’avère que ces éloges continuels nuisent plus aux enfants qu’ils ne les aident. Carol Dweck, psychologue à l’Université Stanford, aux États-Unis, a consacré l’essentiel de sa carrière à cette question. Dans une de ses expériences les plus célèbres, elle a testé l’effet de deux types d’éloge auprès de 400 élèves de 5e année d’une école primaire régulière de New York. Après avoir effectué un casse-tête plutôt facile, la moitié du groupe s’est fait complimenter sur son intelligence («you must be really smart at this») et l’autre s’est fait complimenter sur son effort («you must have worked really hard». Ensuite, l’équipe de Carol Dweck a demandé aux mêmes élèves de choisir entre deux nouveaux tests : un plus difficile, où ils auraient l’occasion d’apprendre, et un autre plus facile, comme le premier. Parmi le groupe qui s’était fait louanger pour son effort, 90% ont choisi le test difficile, et parmi le groupe louangé pour son intelligence, la majorité a choisi le test facile.

«Quand on félicite un enfant pour son intelligence, on lui dit que c’est comme ça que ça fonctionne dans la vie : aie l’air intelligent, ne risque pas de faire des erreurs», écrit Dweck dans le résumé de sa recherche

Dans son livre Mindset, traduit en français en 2010, la professeure explique qu’il y a deux façons de voir ses habiletés : avec un état d’esprit «fixe» (fixed mindset) ou un état d’esprit «de développement» ou «incrémental» (growth mindset). Thomas, qui avait un état d’esprit fixe, était convaincu qu’il y avait deux sortes de défis : ceux où il était naturellement bon, et ceux où il ne l’était pas — donc pas la peine d’essayer.  Les jeunes champions de la tour de spaghettis, eux, se disaient que chaque tour qui s’écroulait était une occasion d’apprendre à coiffer des ingénieurs. 

Je vous laisse deviner dans quel état d’esprit l’agilité peut fleurir... 

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